Entre 2 000 et 4 000 € d’aides par an : c’est ce que peut espérer un éleveur qui aujourd’hui s’engage à engraisser ses bovins à la ferme, plutôt que de les laisser partir maigres à l’export. Le projet a été présenté mercredi 2 avril 2025 aux agriculteurs nivernais.

C’est culturel : 95% de la viande de bœuf consommée en France vient de la vache. Pour autant, un bovin a statistiquement autant de chance de naitre mâle que femelle. Alors : que deviennent les veaux mâles ? Pour la plupart, 80 % tout de même, ils sont exportés vers l’étranger, notamment en Italie. Ils sont alors engraissés là-bas, pour être consommés sur place… ou pour revenir chez nous transformés sous forme de plats industriels type lasagnes.
« Capter de la valeur ajoutée »
Que ce soit pour des raisons écologiques ou économiques, le modèle mérite sans doute d’être revu. C’est la raison pour laquelle la Région Bourgogne-Franche-Comté propose depuis septembre dernier une aide aux éleveurs qui s’engagent dans l’engraissement de leurs animaux, à la ferme : « Nous sommes ici sur des terres d’élevage, mais surtout des terres d’herbe, explique Christian Morel, en déplacement mercredi 2 avril 2025 dans la Nièvre pour présenter le dispositif aux éleveurs nivernais ; « ce sont des terres idéales pour engraisser des animaux enchaîne le vice-président en charge de l’agriculture ; même si l’export reste intéressant, engraisser les animaux sur ce territoire, c’est capter de la valeur ajoutée. »

Laurent Goulot opine du chef. Eleveur à Saint-Léger-de-Fougeret (58), il s’est laissé séduire par l’engraissement à ferme. Il a débuté il y a une dizaine d’année, d’abord avec ses vaches de réforme. Puis ses taurillons, à raison de 5 ou 6 par an. Avant de basculer l’an dernier sur l’engraissement de 100 % de ses jeunes mâles, soit une cinquantaine de bêtes : « L’aide régionale m’a permis de franchir le pas et de finaliser le projet. Engraisser, je trouve ça plus plaisant que de faire vêler des vaches. J’ai fait jusqu’à 32 césariennes une année ! Cette année, je n’en ai eu qu’une seule. »

Economiquement, l’éleveur s’y retrouve. Un taurillon engraissé se vend environ 900 € de plus qu’un veau maigre. Laurent évalue ses couts liés à l’engraissement à 725 € (nourriture, main d’œuvre, frais vétérinaires …). Soit une marge nette par animal de 175 €, et donc des gains supérieurs à 8 000 € pour l’ensemble de son troupeau : « le bâtiment est financé par les panneaux photovoltaïques ; en termes de main d’œuvre, ça me prend une demi-heure à trois quart d’heure par jour. Je ne reviendrai pas en arrière », sourit Laurent.

Pour construire son plan engraissement, la Région a travaillé avec l’ensemble des acteurs du monde de l’élevage : la chambre d’agriculture, les opérateurs économiques, le monde syndical… Ce sont 2.7 millions d’euros sur trois ans que la Région met sur la table pour garantir le succès de l’opération : « Durant ces trois années, nous sommes capables de garantir la marge nette de l’éleveur. Car il faut un temps pour apprendre à engraisser » avance Christian Morel.
Déjà 140 dossiers reçus
Chaque éleveur peut percevoir entre 2 000 et 4 000 € d’aides chaque année. Il doit s’engager à engraisser au minimum 10 animaux supplémentaires à ce qu’il pratiquait précédemment pour être éligible : « La barre est basse, c’est incitatif et ça permet aux éleveurs indécis de mettre le pied dans l’engraissement » espère Christian Morel. Le discours semble séduire : la Région a déjà reçu 140 dossiers. Tous ont été instruits, et 30 ont déjà reçu leur subvention.

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